

Bienvenue, à Grâne
En rive gauche de la Drôme, Grâne semble se cacher, tournant le dos à la vallée, elle se dérobe à la vue du voyageur pressé. De la grande route, on n’en voit que les quartiers les plus récents. Le vieux village, lui, ne se laisse deviner que lorsqu’on arrive vers le Champ de Mars, et encore. Il faut, à pied, se laisser aspirer par l’entonnoir de la place pour se retrouver, piéton bien modeste, sous la muraille de ce curieux clocher sans église.
A gauche une rue descend, à droite une ruelle montante m’attire vers ce dédale dont je devine qu’il me mènera bien au sommet de la butte.
Au dessus des dernières maisons j’ai suivi le sentier qui conduit aux Trois Croix. Là, dans la prairie, je domine tout le village, et les ruines de son château. Plus bas les toits d’une belle demeure côtoient ceux des maisons, qui toutes semblent à l’abri du mistral. A travers les arbres, face à la plaine de la Drôme, je découvre le quartier des écoles, et à mes pieds, un relief tourmenté: des carrières, les falaises de Grâne ne sont pas toutes naturelles. Presque sous chaque maison on trouve des anciens fronts de taille comme dans le théâtre de verdure au dessus des écoles.
GRÂNE: Village perché:
Habitat collectif de hauteur regroupé au pied d’un château; on dit aussi «castral».
Dans le sud-est de la France, un village sur deux est de ce type, et les villages perchés du Val de Drôme constituent un exemple remarquable de ce vaste ensemble.


Bref Historique de Grâne
Des silex et outils témoignent d'une occupation à l'époque préhistorique. Deux villas gallo-romaines ont été localisées près de la route de Loriol : de nombreux vestiges y ont été trouvés, en particulier un dolium (grande urne à provisions) visible à l'IME de Val Brian.Au Moyen Àge, GRÂNE faisait partie du Comté de Valentinois-Diois.
Son château était une des résidences favorites des comtes de Poitiers qui y conservaient leurs archives et leur trésor. GRÂNE est à plusieurs reprises dévastée par les guerres seigneuriales, les pillages des grandes compagnies et les épidémies.
Le 2 août 1416, dans le château de Grâne, le dernier comte Louis II de Poitiers, sans héritier mâle légitime, est pris en otage pendant 15 jours par ses cousins, le seigneur de Saint Vallier et l'évêque de Valence, qui le contraignent à signer un testament en leur faveur. Libéré, le vieux comte essaie d'annuler cette donation en se remariant, mais il n'a pas d'enfants.
Le pape finit par casser le testament signé sous la contrainte. Ce n'est qu'en 1447, près d'un siècle après le Dauphiné, que les comtés seront rattachés par Louis XI à la France. En 1548, Henri II donne Grâne et les comtés à sa favorite Diane de Poitiers. Les guerres de religion y sèment la dévastation.
En 1642, Louis XIII cède le Valentinois au Prince de Monaco. Les Grimaldi sont de grands seigneurs qui vivent à la Cour de Versailles. Leur châtelain à Grâne y a pouvoir de basse justice et veille à la rentrée des impôts et redevances. D'autres seigneurs vassaux possèdent de vastes domaines, en particulier les Chabrières de la Roche qui résident dans le nouveau château au bas du village. L'église Saint Jean-Baptiste se trouvait à l'emplacement de l'Hôtel de Ville actuel et de la placette accolée au clocher.
Sous la Révolution, les Grânois participent aux premières fédérations françaises organisées dans notre région ainsi qu'au siège de Toulon sous le commandement du lieutenant Bonaparte. Un arbre de la liberté est planté devant l'église.
En 1792, l'avocat grenoblois Duchesne achète le château et son domaine. Il sera député sous le Directoire et président du Tribunat sous le Consulat.
Le 19e siècle voit le triomphe, puis le déclin de la sériciculture et de l'industrie de la soie. Grâne compte quatre "fabriques". Sa population dépasse les 2 000 habitants en 1851.
A la suite du coup d'État de Louis-Napoléon, le 6 décembre 1851, plusieurs centaines de Grânois, poussés par la misère et la colère, s'arment et marchent sur Crest. Ils se heurtent à la troupe, deux d'entre eux sont tués. Le soulèvement échoue. Une répression terrible s'abat sur les insurgés (déportation, emprisonnement à la tour de Crest...).
Au 20e siècle, 75 Grânois sont tués pendant la première guerre mondiale. En 1944, la libération de Grâne est dramatique (19 morts). La population de la commune, tombée à 1067 en 1975, est remontée au-dessus de 1500. Son territoire est très vaste, 4 500 ha dont 2 000 de bois.
Robert Serre



Grâne
Historique
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