Grâne:
La page d'histoire de Robert Serre
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Les persécutions contre les protestants en val de Drôme avec notre historien R. Serre: https://www.youtube.com/watch?v=5_xIEMizZCE&feature=youtu.be

Adrien Chaix, boulanger à Crest, poilu condamné à mort

Adrien Chaix
est né le 20 avril 1882, à 10 h du matin, faubourg Saint-James, à Montélimar de père inconnu et de Marie Chaix, chapelière native de Sauzet, âgée de 19 ans, domiciliée à Montélimar. La déclaration de naissance est faite en mairie le lendemain par le propriétaire de la maison, Calixte Mondon, âgé de 60 ans . Adrien bénéficiera du statut de Pupille de l’Assistance Publique.
On ne sait rien de son enfance, de sa scolarité. On le retrouve installé comme boulanger à Crest où il est domicilié. Avec ses compères de la classe 1902, il passe devant le conseil de révision qui le déclare « bon pour le service ». Il est incorporé en novembre 1903 dans le 99e régiment d’infanterie. Rien à signaler pendant huit mois, mais le 25 juillet 1904, il est absent et déclaré « déserteur à l’étranger ». Il est rayé des contrôles du corps le 26 janvier 1905. C’est sa première incartade, dont il se tire bien : il se présente à sa caserne « réglementairement » et est aussitôt amnistié, ce qui paraît si indulgent qu’on se demande s’il s’agissait vraiment d’une désertion !
La déclaration de guerre de 1914 le ramène sous les drapeaux, dans son 99e RI. Il a alors 32 ans.
Le 3 janvier 1915, année de ses 33 ans, Chaix passe dans la réserve : il est muté au 286e RI, régiment de réserve du 86e RI (d’où son numéro identique plus 200). Mais il est déjà loin le temps où les « réservistes » ne montaient pas en première ligne. Chaix est probablement dans les combats que livre ce régiment, d’abord en Lorraine et Hauts-de-Meuse, puis dans la Woëvre, en Champagne… On le trouve dans les terribles batailles de Souain, de  Bouconville et Rambucourt : « Le secteur est très actif. Les cantonnements de repos sont violemment bombardés de jour et de nuit. Les tranchées sont en mauvais état, le terrain ne permet pas d’y apporter de sérieuses améliorations. Dans chaque secteur de compagnie, il faut plusieurs pompes pour arriver à vider l’eau des tranchées et des abris. Les distributions se font de nuit […] Les routes sont constamment battues par l’artillerie allemande, ce qui rend le ravitaillement très difficile. La circulation de jour est impossible […] Au cours des quatre mois de séjour dans ce secteur, le régiment a beaucoup souffert de privations de toutes sortes et surtout du froid… » . On recense 60 soldats tués.
Le 7 avril 1916, Chaix se trouve dans le secteur de Verdun, qui est loin d’être tranquille. Ce soir-là, comme tous les soirs, on fait les comptes. Quels soldats sont revenus ? Qui a été tué ou a disparu ? À l’appel du nom de Chaix, personne ne répond présent. Y a-t-il enquête pour savoir sa destinée ? C’est probable. Faut-il la prendre au sérieux ? Sa conclusion va en tout cas étayer le « jugement » du « tribunal » hâtivement constitué et réuni. Le 24 avril, le conseil de guerre de la 101e division territoriale étudie son cas et, après avoir entendu le commissaire du gouvernement, déclare le soldat de 2e classe Adrien Chaix « coupable  d’avoir, le 9 avril 1916, étant en faction ou en vedette, abandonné son poste sans avoir rempli sa consigne, et ce en présence de l’ennemi, d’avoir à la même date déserté à l’ennemi ». En conséquence, le conseil condamne Chaix, par contumace et à l’unanimité, à la peine de mort, avec dégradation militaire, et à rembourser, sur ses biens présents et à venir, le montant des frais du procès .
En réalité, que s’est-il passé ? Pendant son service de garde, dans la nuit du 7 avril 1916, Adrien Chaix est surpris par l’ennemi et fait prisonnier. Il est transporté dans le camp de Koenisbruck dont il ne sera libéré et rapatrié que le 14 janvier 1919. La question qui se pose est de savoir si Chaix s’est laissé prendre volontairement pour échapper à la tuerie des combats ou s’il s’agit bien d’une capture.
Le jugement le condamnant à mort est donc remis en cause. Le 12 mars suivant, Chaix est muté au 141e régiment d’Infanterie. Il lui faudra attendre près de deux ans avant qu’un nouveau jugement soit rendu : le 29 décembre 1920, Chaix obtient la commutation de sa peine de mort en celle de vingt ans de travaux forcés. Mais il est « considéré comme déserteur du 7 avril 1916 au 14 janvier 1919 ». Le restant de sa peine de travaux forcés est cependant « commué en détention d’égale durée » ! Il est emprisonné à la maison centrale de Nîmes, puis à Marseille, d’où il part pour la section des « exclus coloniaux », près d’Oran (Algérie).
Il semble que Chaix se soit montré très sage puisqu’il bénéficie de plusieurs remises de peine : réduction de dix ans de détention en mai 1924, de deux ans en mai 1925, de deux ans et six mois en novembre 1925. Il devient donc libérable au 19 avril 1926, mais est aussitôt affecté à la section d’exclus métropolitains. Retour sur le territoire métropolitain donc : il est dirigé sur le « petit dépôt d’exclus de Collioure (Pyrénées Orientales) »
Chaix est (enfin) libéré de ses obligations militaires et « renvoyé dans ses foyers » le 4 octobre 1926. Depuis dix ans, il « visitait » les camps de prisonniers de toutes sortes, en Allemagne, en Algérie et en France. Il se retire à Romans. Le 10 décembre 1927, il se marie à Romans  avec Élise Damon. L’année suivante, il obtient son permis de conduire. En 1931, il déménage à Valence.


AC Montélimar, état civil. Relevés transmis par Claude Seyve.

Journal de marche du 286e RI

AC Crest, H 56 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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